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Qarîn et conseiller furtif : les deux voies/voix du waswas diabolique

Dernière mise à jour : 12 avr. 2021

بسم الله الرحمن الرحيم


L'influence au mal, au péché (ou insufflation maléfique) a deux origines, toutes deux sataniques dans leur inspiration et leur orientation (initiées, donc, par Iblis لعنة الله عليه, et répondant à sa logique, son intention), et diaboliques dans leur état si ce n'est leur essence (leurs attributs sont ceux du Shaytan, le Shaytan étant la créature animée par l'esprit corrupteur et égareur d'Iblis) :

  • Origine intérieure : par l'ego et le Qarîn qui interagissent.

  • Origine extérieure : par le conseiller furtif (Al-Waswasi Al-Khannas) - jinni ou humain - tel que visé à la Surat An-Nas :

مِن شَرِّ ٱلْوَسْوَاسِ ٱلْخَنَّاسِ
contre le mal du mauvais conseiller, furtif,
ٱلَّذِى يُوَسْوِسُ فِى صُدُورِ ٱلنَّاسِ
qui souffle le mal dans les poitrines des hommes,
مِنَ ٱلْجِنَّةِ وَٱلنَّاسِ
qu'il (le conseiller) soit un jinni, ou un être humain.

La plus insidieuse est le couple formé par les deux premiers, car ils sont intrinsèques à l'humain ; on déduit son existence, comme source intérieure de suggestion diabolique, du hadith du Prophète ﷺ : "Shaytan circule dans l'homme comme le sang dans les veines" ; elle consiste en un échange permanent (une interaction) entre eux : l'ego, qui a réveillé le Qarîn originellement présent dans le sang à l'état de pathologie latente, le fortifie au fur et à mesure que lui-même se développe (il est l'agent pathogène de cette infection en veille, qu'il a réveillée dans le sang en le contaminant par sa propre nature viciée) ; le Qarîn, lui, suggère la mauvaise action à Nafs qui la coopte, le développant et fortifiant ainsi, puis se charge de la transmettre, une fois validée par l'ego, aux membres agissants concernés. (Par exemple, le Qarîn suggère une médisance à l'ego, connaissant son inclination pour les bavardages : l'ego l'accepte bien évidemment, et le Qarîn véhicule cette suggestion devenue intention, par la voie du sang qu'il occupe, jusqu'à la langue qui la réalise en péché effectif – sur ordre et bien malgré elle puisqu'elle est assujettie, en tout cas jusqu'au moment où elle sera interrogée et pourra témoigner.)


La seconde source de suggestion diabolique est donc celle décrite dans le Qur'an à la dernière Surah, et répondant au nom de conseiller furtif : il se manifeste quant-à lui, dans la dimension spirituelle, sous la forme d'un groin allongé, d'un museau, qui se pose sur le cœur de la cible et lui souffle des pensées insidieuses – principalement des péchés (dans la dimension matérielle, notamment lorsque le conseiller furtif est un humain – donc un être matérialisé – , il procède par des causes apparentes mettant en oeuvre les sens, comme un discours sollicitant l'audition, ou une mise en scène sollicitant le regard comme par exemple une femme dénudée, ou des odeurs attrayantes, etc...) ; il a pour particularité de se retirer dès qu'ALLAH ﷻ est évoqué sincèrement, d'où son qualificatif de furtif (khannas)* : alors les causes par les sens déployées par les humains ne sont plus d'aucun effet – mais il ne bat pas si facilement en retraite et peut résister à un Dhikr faible, peu sincère ou peu concentré ; et quand ses insufflations pénètrent le cœur, c'est l'ego qui s'en fait le relais, le sang les prenant en charge et les transportant aux membres concernés selon le protocole sus-évoqué – car les insufflations diaboliques ne peuvent avoir de prise sur le cœur que par l'ego, via les tendances et inclinations égotiques ; nous supposons toutefois que des jinn peuvent prendre le contrôle d'un corps directement par le système nerveux, sans passer par l'ego ni le sang – soit qu'ils auront été autorisés à rentrer par le sujet lui-même qui les aura invoqués, soit par la voie de la sorcellerie (Sihr).


L'influence du Qarîn est toutefois plus forte, plus immédiate, plus rapide, plus directe que celle du conseiller furtif – vu qu'il est déjà en nous** ; un jinni, quant-à lui, ne s'appropriera pas aussi facilement un corps, et mettra plus de temps à contrôler le système nerveux***.


Le Qarîn se fait ressentir dans la poitrine, le jinni plutôt dans la tête, par effet de résonance ; l'influence du Qarîn ne modifie rien dans les attributs physiques et corporels (voix, regard, débit de parole, coordination et fluidité des gestes...), alors que celle d'un jinni les altère : c'est pourquoi l'influence du Qarîn est si difficile à détecter, si ce n'est quasi-impossible – d'autant qu'il ne se manifeste pas en tant que tel pendant la Ruqya ; il peut en revanche se faire passer pour un jinni pour faire diversion et afin qu'on ne le soupçonne pas - mais le Raqi avisé et expérimenté ne s'y laissera pas prendre, vu que les attributs physiques du patient ne seront pas altérés comme dans le cas d'un jinni.


Les variations de comportement (colère, énervement, accès de violence...) sont majoritairement du fait du Qarîn ; les troubles psys également (névroses, psychoses, angoisses et anxiété, phobies, peurs et doutes morbides, états dépressifs, pensées suicidaires...) ; ainsi que les comportements de mécréance, de blasphème, d'apostasie ; les jinn peuvent faire tout cela, mais avec une intensité moindre.


Il nous apparaît donc que le waswas (fauteur de transgression, de malfaisance, et de folie) est autant le fait du Qarîn que du conseiller furtif (voire bien davantage) : quand il [le Qarîn] est à l'origine de l'inspiration, il influence l'ego qui lui confirme de transmettre l'ordre d'action aux membres concernés, via le sang qu'il occupe et infeste/infecte ; quand l'ego seul est à l'initiative de l'action (il s'agit alors de hajis, pas de waswas), le sang transmet l'ordre aux membres sans que le Qarîn n'y prenne de part active.


Autrement dit, le waswas a bien une double origine : interne par le Qarîn, et externe par le conseiller furtif : c'est ainsi que le Shaytan nous attaque de l'extérieur, par tous les côtés - mais aussi de l'intérieur.


Nous nous mettons sous la protection d'ALLAH ﷻ contre ses assauts.


و اَللّٰهُ أعْلَم

 

*On suppose que le Qarîn a la même tendance au repli quand il est confronté à l'évocation d'ALLAH ﷻ, mais qu'il résiste peut-être un peu plus vu son ancrage intérieur.

**Le Qarîn est partie prenante du libre arbitre, notamment par l'ego qui le suit et lui obéit ; le jinni, quant-à lui, doit se substituer au libre arbitre pour un contrôle total – une possession parfaite de sa proie ; ce contrôle total n'étant pas si simple : car le jinni n'est qu'énergie, et la matière est plus puissante vu qu'elle produit de l'énergie de façon certaine, alors que l'inverse n'est pas aussi évident – bien qu'envisageable.

***La plupart de ces informations ont été rapportées par un Raqi professionnel, se fondant sur des années de pratique et d'expérience.

 
 

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