Salafisme : transigeons avec l'intransigeance

Dernière mise à jour : 21 sept. 2019

بِسْمِ اللهِ الرَّحْمٰنِ الرَّحِيْمِ


Je vois passer beaucoup de publications critiques ou moqueuses à l'égard des frères et sœurs salafistes, en réaction à leurs postures souvent vindicatives.

Or, j'ai moi-même failli m'égarer dans cette doctrine, qui flattait ce qu'il y avait en moi de dur, de rigide et d'intransigeant - m'enfonçant davantage, par cette voie, dans la révolte et la colère qui me rongeaient déjà*.


Salafisme : transigeons avec l'intransigeance - Blog - Stéphane Abdallah ILTIS

Car cette idéologie, basée sur une espèce de sujétion aveugle aux Salaf**, incline naturellement, par son mode de référenciation exclusif, à ne voir que la faute et à rejeter - au lieu de porter à l'indulgence et d'inviter à la réforme du comportement.

Et si je n'avais rencontré des frères doux et patients pour m'en extirper, qui ont su endurer les réactions outrancières et péremptoires auxquelles m'avait conditionné cette doctrine, je n'aurais jamais pu entamer le cheminement spirituel qui tend à l'Ihsan dans la compagnie de mon Shaykh.

Et s'il me reste encore bien des progrès à accomplir, tant pour moi que pour mon entourage, j'ai pu aujourd'hui, je l'espère, assouplir mon caractère et améliorer mon comportement, d'une manière telle que mon cœur se trouve apaisé et serein (et c'est bien cela le plus important).

Ainsi, je suis devenu bien plus patient et tolérant à l'égard des autres, et le temps où je ne voyais en eux que fautes, manquements et innovations, est aujourd'hui quasiment révolu - pour mon plus grand soulagement.

Car être perpétuellement dans cette disposition d'esprit - critique voire méprisante, incitant à se croire meilleur en flattant l'ego - aigrit le cœur et les sens tout en développant l'orgueil.

Fermant bien des portes et créant de la division.

Et non seulement je n'ai plus envie de blâmer les autres ou de les condamner, les blessant et les humiliant, mais j'ai acquis à leur égard une patience qui m'incline à les voir avec compassion et miséricorde - voire affection (même si je dois encore lutter, parfois, contre certain penchant de mon âme qui me pousse spontanément au jugement - mais telle est faite l'âme humaine***).

Ainsi, sachons-nous montrer patients et tolérants à l'égard de ces frères et sœurs assujettis à cette idéologie qui ferme et durcit les cœurs, et tend à l'exclusion.

Et s'ils nous jugent et condamnent, ne rentrons pas dans le jeu de la division : ne leur tournons pas le dos, mettons un voile sur leurs reproches et diatribes, et efforçons-nous de maintenir avec eux, dans la douceur, le lien fraternel à même de faire de notre religion une Umma une, indivisible et solidaire - telle que la concevait notre Prophète ﷺ.

En laissant toujours ouverte la porte du pardon, quoiqu'il arrive et quoiqu'ils aient pu dire.

Et par cette cause, peut-être ALLAH décidera-t-Il d'ouvrir et d'assouplir leurs cœurs - comme Il a ouvert et assoupli le mien alors que je glissais toujours plus, lentement mais sûrement, dans la haine et la noirceur.

Soyons donc à l'image de ces frères souriants et aimants qui m'ont tendu la main, et gardons-nous de relever les excès des frères salafistes - que ce soit pour les moquer ou les blâmer : ne voyons en eux que le bien et la sincérité de l'intention - car à n'en pas douter leur attitude est portée par une volonté de bien faire.

(Soutenir mon travail.)


* Suite à l'éloignement judiciarisé de mes enfants.

** Sujétion aveugle injustifiée, car les Salaf eux-mêmes divergeaient sur bien des points (comme le souligne Shaykh Daduw) et ne sauraient constituer une référence dogmatique exclusive - malgré leur piété avérée par le Prophète lui-même ﷺ.

*** Coran (91/7-8) : وَنَفْسٍ وَمَا سَوَّىٰهَا / فَأَلْهَمَهَا فُجُورَهَا وَتَقْوَىٰه

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