Le Da'wa comme témoin de la sincérité de l'intention (intervention du 05 avril 2020)

Dernière mise à jour : 12 avr. 2020

بِسْمِ اللهِ الرَّحْمٰنِ الرَّحِيْمِ



[Formule d'introduction islamique + Salam à l'auditoire]


Mes Chers Frères,


Louanges à ALLAH ﷻ pour avoir autorisé cette réunion, et pour nous permettre de partager Son Évocation par la Lumière de Son Messager Sayyidina Muhammad ﷺ.


Aujourd'hui, dans cette réflexion, je vous propose que nous interrogions notre foi, et sa sincérité, et la sincérité de notre intention, en considérant un indicateur, un révélateur redoutablement infaillible.


Et ça risque de piquer un peu pour certains d'entre nous, et de remettre en question notre engagement envers ALLAH ﷻ et Son Walî.


Nous avons tous connu, au moins une fois dans notre vie, un événement marquant, qui a changé le cours de notre existence.


L'obtention d'un diplôme... d'un job... la naissance d'un enfant...


Alors vous, je ne sais pas quel a été votre premier réflexe quand vous avez appris la bonne nouvelle ?


Quelle est la première chose que vous avez eu envie de faire ?


Moi - je me rappelle la naissance de mon premier enfant - ça a été de prendre mon téléphone et de prévenir un proche.


C'est humain : notre premier réflexe, quand il nous arrive quelque-chose de bien - ou même de mal - c'est de le partager, parce qu'on ne peut pas garder ça pour soi.


Et on commence souvent par : "J'ai une bonne nouvelle !" (ou : "J'ai une mauvaise nouvelle..." - c'est selon).


Mais avons-nous jamais eu envie de partager notre religion, en disant : "J'ai une bonne nouvelle !" ?


Si oui, masha ALLAH ﷻ : nous sommes de vrais croyants, épanouis et accomplis - qu'ALLAH ﷻ nous élève en degrés.


Sinon - et je suis désolé de le dire - c'est qu'il nous manque quelque-chose.


Déjà, il nous manque le bonheur d'être musulmans : nous ne sommes pas comblés, nous vivons notre Islam, au mieux comme un devoir ou une obligation, au pire comme une contrainte.


Car l'Islam est contraignant dans sa pratique, c'est un fait : privation de sommeil avec les prières (notamment en été, avec la faible amplitude horaire entre 'Icha et Subh - et on s'en rapproche...) ; faim et soif avec les jeûnes répétés (surtout pendant le Ramadan, et en particulier au travail - et on s'en rapproche également...).


Et si nous vivons notre religion comme ça - dans la contrainte, et la souffrance, et sans joie - c'est une catastrophe.


Et on ne peut pas ressentir, dans ces conditions, le besoin de la partager.


Car ce qu'on veut partager avec les autres, avant tout, c'est son bonheur : c'est tellement fort que ça déborde, on ne peut pas le garder pour soi.


Mais si on ne ressent pas le besoin de partager, c'est qu'on n'est pas heureux.


On ne ressent pas de joie, d'allégresse, de jubilation...


Donc, le musulman qui ne ressent pas le besoin de partager son Islam n'est pas un musulman heureux dans son Dîn.


Et il doit sérieusement s'interroger sur sa foi.


Sur la sincérité de sa Shahada, et de son Iman.


Car le croyant sincère (ou accompli) est celui qui souhaite pour son frère la même chose que pour lui-même - conformément au hadith connu :


لا يُؤمنُ أحدُكم حتى يحبَّ لأخيه ما يحبُّ لنفسه
"Aucun d'entre vous ne sera [jamais] véritablement croyant tant qu'il n'aimera pas pour son frère ce qu'il aime pour lui même." (Rapporté par Al Bukhâry et Muslim)

Et celui qui ne souhaite pas partager sa foi avec son frère (en Islam ou en humanité), qui n'en ressent pas le besoin, c'est tout simplement qu'il n'a PAS la foi.


Il s'est soumis, mais la foi n'a pas pénétré son cœur - à l'instar des Bédouins du verset 14 de Surat Al-Hujurat (49) :


قَالَتِ ٱلْأَعْرَابُ ءَامَنَّا ۖ قُل لَّمْ تُؤْمِنُوا۟ وَلَٰكِن قُولُوٓا۟ أَسْلَمْنَا وَلَمَّا يَدْخُلِ ٱلْإِيمَٰنُ فِى قُلُوبِكُمْ ۖ وَإِن تُطِيعُوا۟ ٱللَّهَ وَرَسُولَهُۥ لَا يَلِتْكُم مِّنْ أَعْمَٰلِكُمْ شَيْـًٔا ۚ إِنَّ ٱللَّهَ غَفُورٌ رَّحِيمٌ
Les Bédouins ont dit : « Nous avons la foi ». Dis : « Vous n’avez pas encore la foi. Dites plutôt : "Nous nous sommes simplement soumis" , car la foi n’a pas encore pénétré dans vos cœurs. [Et si vous obéissez à ALLAH ﷻ et à Son Messager ﷺ, Il ne vous fera rien perdre de vos œuvres. ALLAH ﷻ est Pardonneur et Miséricordieux. »]

Alors, si nous n'en sommes qu'à ce stade de la soumission sans avoir la foi, tout reste à faire.


Car seule la foi - ou plutôt les profits et la joie qu'on en tire - crée le besoin du partage.


Et en Islam, le besoin du partage se traduit par... ?


Par quoi... ?


Le goût du Da'wa !


Et si nous n'avons pas cette inclination au Da'wa, cette motivation ancrée en nous, nous ne sommes pas des croyants - au sens que nous ne ressentons aucun bénéfice ni aucune joie dans la pratique de notre religion, qui nous donnent envie de la partager.


ALLAH ﷻ dit dans Surat Yusuf (verset 108) :


قُلْ هَٰذِهِۦ سَبِيلِىٓ أَدْعُوٓا۟ إِلَى ٱللَّهِ ۚ عَلَىٰ بَصِيرَةٍ أَنَا۠ وَمَنِ ٱتَّبَعَنِى ۖ / وَسُبْحَٰنَ ٱللَّهِ وَمَآ أَنَا۠ مِنَ ٱلْمُشْرِكِينَ
Dis : « Voici ma voie, j'appelle les gens à ALLAH ﷻ, moi et ceux qui me suivent, nous basant sur une preuve évidente. / Et Gloire à ALLAH ﷻ, et je ne suis point du nombre des associateurs. »

Qui, d'après-vous, sont "les gens qui me suivent", sinon les héritiers du Prophète ﷺ, les Awliya, et leurs Murîdin, qui les suivent à tous points de vue (que ce soit dans dans leur enseignement, leur comportement, leur Da'wa) ?


Nous avons déjà vu, dans ma précédente intervention, que quand ALLAH ﷻ dit "tu" dans le Livre, Il s'adresse aussi bien à son Prophète bien-aimé, qu'au Sayyidina Muhammad ﷺ qui sommeille en chacun de nous et qui lit le Livre ; et c'est par ce procédé rhétorique - qu'on appelle l'interpellation poétique, et qui se définit par le fait que l'auteur d'un livre s'adresse directement à son lecteur dans le récit - qu'il s'adresse à nous.


Je connais un Monsieur qui, lorsqu'il est rentré de Damas à l'issue de sa première rencontre avec Sidna Shaykh Rajab, il y a de cela presque 40 ans, a fait le tour de ses connaissances.


Pour partager son enthousiasme et sa certitude d'avoir trouvé l'incarnation de la foi en la personne de son Shaykh.


Et surtout, pour partager son amour pour lui.


À tel point que ses proches l'ont pris pour un fou.


Et aujourd'hui encore, la cinquantaine atteinte, à l'âge où on commence à penser à la retraite, il continue sans relâche, poursuivant son effort aux quatre coins de France (et même du monde), sans se poser de questions !


Ça, c'est la foi.


Car ce qui la porte, la sous-tend, c'est quoi ?


C'est l'Amour !


Avons-nous, nous autres, ce feu sacré qui nous anime ?


Avons-nous fait le tour de notre famille pour la convaincre que notre Shaykh est un Homme d'ALLAH ﷻ, et que tous doivent absolument le rencontrer ?


Non ?


Pas moi en tout cas...


C'est que nous ne sommes pas réellement convaincus de sa proximité avec ALLAH ﷻ, et du bienfait qu'il peut apporter à nos proches.


Car nous-mêmes, nous n'en tirons pas réellement profit.


Pour la bonne et simple raison que nous ne l'aimons pas vraiment, au plus profond de nos cœurs.


Car un voile subsiste.


Et si ALLAH ﷻ n'a pas levé ce voile, c'est que notre sincérité n'est pas parfaite.


C'est que notre intention de Le rencontrer n'est pas encore bien claire, et exclusive.


Elle n'occupe pas encore toutes nos pensées.


C'est que nous sommes encore accaparés par des choses du Dounya, qui nous détournent de la recherche exclusive de Sa Face.


C'est que nous n'avons pas encore totalement renoncé pour LUI, dans nos cœurs, à certaines choses du bas monde.


Alors il nous prive de l'amour et de la Lumière de son Walî.


Il nous prive de la compagnie, et de l'amour de Sayyidina Muhammad ﷺ.


Il nous prive de la foi.


Car la foi, c'est l'Amour :


On ne croit, non pas que ce qu'on voit, mais que quand on aime.


Que quand on est habité de ce sentiment arbitraire et dévorant, qui correspond dans le cœur à une certitude absolue :


Que quand on SAIT que le Bien-aimé, c'est lui, et nul autre.


Car aimer vraiment, c'est être certain.


Et ça, c'est la foi !


Et ALLAH ﷻ ne nous donnera l'amour du Shaykh et de Sayyidina Muhammad ﷺ - et donc la foi - que quand notre cœur sera entièrement habité du désir de Le rencontrer.


Alors, et seulement alors, nous supplierons les gens autour de nous de nous écouter parler de notre bien-aimé.


Matin, midi et soir, nous évoquerons notre Walî au travail, à la maison, à la mosquée...


Comme le jeune homme ou la jeune fille qui parle sans arrêt de son premier amour - surtout la jeune fille (ceux qui sont pères d'adolescentes savent de quoi je parle), nous les mecs sommes plus réservés : la jeune fille amoureuse, elle passe son temps à nous saouler avec son amoureux : machin par-ci, machin par-là... machin à fait ci, machin a fait ça...


Donc, une fois dans cet état d'amoureux transi, tout comme la midinette parle de son chéri, nous évoquerons notre Walî au travail, à la maison, à la mosquée - partout où nous pourrons.


Et nous serons tellement habités, une telle Lumière rayonnera de nos paroles (car l'Amour est Lumière), que les gens ne pourront faire autrement que de nous écouter, illuminés par cette belle passion qui nous dévore.


Touchés par ce feu qui nous consume.


Et par cet amour qui émanera de nous, qui rayonnera de nous, nous réchaufferons les cœurs.


Nous dégagerons un parfum de rose.


Nos paroles auront un goût de miel.


Et même si nous ne parlons pas de notre Shaykh, nous déborderons tellement de cet amour pour lui que nous serons pure Lumière.


Notre seule présence sera Lumière.


Tout dans nos actes et notre comportement sera lumineux, doux, sucré...


Mais si nous ne rayonnons pas encore de cet amour qui est partage ;


Si nous ne nous sentons pas habités de ce désir brûlant de transmettre cet amour ;


Et donc si nous n'avons pas la flamme du Da'wa - car le Da'wa, ça n'est jamais que cette envie qu'on a de crier son amour au monde entier...


C'est que notre intention de cheminer vers ALLAH ﷻ est défaillante ;


Car notre cœur est encore partagé entre LUI et le Dounya.


Alors il nous voile, et nous prive de l'amour complet du Shaykh, qui est Sa porte par laquelle on accède à LUI.


Et quand je dis "amour complet", je ne parle pas de l'amour imparfait que nous croyons ressentir pour lui, qui est plus du domaine de la sympathie ou de l'estime qu'autre chose.


Alors travaillons notre intention, et recentrons-nous sur l'Objectif :


Orientons nos cœurs vers LUI - et rien que vers LUI :


الله !


N'ayons pas d'autre désir ni préoccupation.


Délaissons pour LUI toutes les choses du Dounya qui nous détournent de Sa Face - problèmes d'argent, de cœur, de voiture, de travail...


Abandonnons pour LUI les exigences de notre ego et de tous les plaisirs superflus qui ne sont que distraction...


اِلَهِيْ اَنْتَ مَقْصُودِيْ وَ رِضَاكَ مَطْلُوْبِيْ
Tu es mon intention, et Ta Satisfaction est ma demande.

Et si un jour nous nous réveillons pleins de l'envie de partager notre Shaykh avec la terre entière, c'est qu'ALLAH ﷻ a reconnu, tout au fond de nos cœurs, la sincérité de notre Niya de Le Rencontrer, et nous a fait la Grâce de l'Amour incarné dans Son Walî.


Et donc de la foi.


Car l'indicateur qu'on a la foi, c'est qu'on aime.