La Rabita (intervention du 12 avril 2020)

Dernière mise à jour : 1 mai 2020

بِسْمِ اللهِ الرَّحْمٰنِ الرَّحِيْمِ


[Formule d'introduction islamique + Salam à l'auditoire]



INTRODUCTION


يَٰٓأَيُّهَا ٱلَّذِينَ ءَامَنُوا۟ ٱتَّقُوا۟ ٱللَّهَ وَكُونُوا۟ مَعَ ٱلصَّٰدِقِينَ
Yâ ayyuha l-ladhina âmanû ttaqu LLAHa wa kûnû ma'a s-sâdiqin.
Ô vous qui croyez ! Craignez ALLAH ﷻ et soyez avec les Véridiques. [Surat 9 At-Tawba (Le Repentir) - Verset 119.]

Que vous inspire ce verset mes Chers Frères ? Qui sont d'après vous les Véridiques - surtout de nos jours ? Comment être avec eux ?


Les Véridiques ne sont autre que les héritiers du Prophète : les Awliya.


Être avec eux, c'est être dans leur compagnie : c'est la Suhba.


Mais le verset implique la permanence de la compagnie.


Et comment atteindre cette permanence, quand on ne peut être constamment dans leur présence physique en raison des impératifs du Dounya ?


Par l'esprit, tout simplement.


En cultivant ce lien spirituel qu'on appelle Rabita.



I. LA RABITA DANS LES GRANDES LIGNES :


1. Ce que c'est, en gros :


La Rabita, c'est le lien spirituel par lequel un esprit est fixé sur quelque-chose - le plus souvent (et normalement) un autre esprit.


Mais ça peut être un objet, ou un animal :

- Exemple que nous donne Sidna de la BMW 760i : le frère qui va prier dans un quartier sensible avec sa voiture de luxe, a plus l'esprit fixé sur cette dernière (dans la crainte qu'on ne la lui vandalise) que sur ALLAH et la Salât ;

- Exemple de ma chatte quand je rentrais du Maroc : lors de mon dernier voyage au Maroc, le jour du retour, ma chatte (que j'avais laissée en pension chez mes parents) avait passé la soirée et une partie de la nuit à m'attendre devant la porte d'entrée, au rez-de-chaussée, alors qu'elle avait pris l'habitude de dormir à l'étage sur le lit de mon père, en sa compagnie ;

- Exemple de certains animaux perdus qui parcourent des milliers de kilomètres pour retrouver leurs maîtres, comme ce chat qui a fait 1 200 km des Alpes-Maritimes au Calvados, ou ce chien qui a parcouru 800 km pour retrouver son maître aux États-Unis.


Et ce qui caractérise cet état de "fixation", de "connexion" spirituelle, c'est l'amour.


Car la condition de la Rabita, c'est l'amour : il n'y a pas de Rabita sans amour - ni même sans confiance qui est un des attributs de l'amour : Sidna demande toujours au moment du pacte si on l'aime et si on a confiance en lui.


2. La Rabita dans le Coran et la Sunna (car la Shari'a reste notre socle) :


a) Verset 119 de Surat At-Tawba (9) :


C'est celui sur lequel se fondent les maîtres pour légitimer la Rabita et toutes les pratiques de connexion spirituelle dans le cadre de l'initiation et du Suluq/cheminement.


Ce verset implique la Suhba physique, mais aussi spirituelle ; il est conforté par le hadith :


Les meilleurs d’entre vous sont ceux qu’on ne peut voir sans se souvenir d’ALLAH ﷻ.

Et par voir, on entend aussi bien visualiser qu'imaginer (voir par l'esprit), se rappeler...


b) Surat Yusuf (12) : l'histoire de la relation fusionnelle entre Sayyidina Ya'qûb et Sayyidina Yusuf (Ya'qûb étant le Shaykh de son fils Yusuf - عليهم السلام) illustre parfaitement, dans le Livre, le lien spirituel :


84. Et il se détourna d'eux et dit : « Que mon chagrin est grand pour Yusuf ! » Et ses yeux blanchirent d'affliction. Et il était accablé.

L'affliction et l'accablement témoignent ici du lien spirituel et de son impact sur le corps - en l'occurrence la perte de la vue : on connaît tous l'expression "tu es la prunelle de mes yeux" ; ou cette autre expression "ça m'a coûté un œil (ou un bras)", pour témoigner du prix conséquent de quelque-chose ; on s'abstiendra d'interpréter plus avant la dimension symbolique de la vue dans la relation entre Sayyidina Ya'qûb et son fils (عليهم السلام), car ce n'est pas de notre compétence - mais il y a probablement là un sens profond, car rien n'est anodin dans le Coran ; il est bien connu par ailleurs que les prophètes et les Awliya pleurent abondamment, jusqu'à la perte de la vue - ainsi Sayyidina Shu'aïb (عليه السلام) qui pleura jusqu'à perdre la vue.


85. Ils dirent : « Par ALLAH ﷻ ! Tu ne cesseras pas d'évoquer Yusuf, jusqu'à ce que tu t'épuises ou que tu sois parmi les morts ».

L'évocation (ici c'est le verbe tadhkuru : même racine que Dhikr - Dhal, Kaf, et Râ) est une manifestation du lien spirituel : on évoque toujours abondamment celui qu'on aime, à qui on pense toujours, et à qui on est connecté spirituellement ; ici les fils de Sayyidina Ya'qûb (عليه السلام) témoignent de l'intensité et du caractère obsessionnel de l'évocation ("jusqu'a ce que tu t'épuises...").


86. Il dit : « Je ne me plains qu'à ALLAH ﷻ de mon déchirement et de mon chagrin. Et, je sais de la part d'ALLAH ﷻ, ce que vous ne savez pas.

Ici encore, on est dans l'expression de la tristesse extrême comme témoin d'une attache très forte, d'un lien spirituel intense ; on note par ailleurs l'échange, le dialogue, la conversation secrète qui se tient entre ALLAH et Son Prophète (عليه السلام) - qui porte probablement sur le cas de Sayyidina Yusuf (عليه السلام) - et par quoi ALLAH informe.


87. Ô mes fils ! Partez et enquérez-vous de Yusuf et de son frère. Et ne désespérez pas de la miséricorde d'ALLAH ﷻ. Ce sont seulement les gens mécréants qui désespèrent de la miséricorde d'ALLAH ﷻ ».

Dans ce verset, Sayyidina Ya'qûb (عليه السلام) envoie ses fils vers Sayyidina Yusuf (عليه السلام) ; et six versets plus loin :


93. Emportez ma tunique que voici, et appliquez-la sur le visage de mon père : il recouvrera [aussitôt] la vue. Et amenez-moi toute votre famille ».

c'est Sayyidina Yusuf (عليه السلام) qui envoie ses frères à Sayyidina Ya'qûb (عليه السلام) : il y a une parfaite symétrie qui atteste de la correspondance, de la concordance parfaite des deux esprits ; par ailleurs dans ce verset et le suivant :


94. Et dès que la caravane franchit la frontière [de Canâan], leur père dit : « Je décèle, certes, l'odeur de Yusuf, même si vous dites que je radote. »

on note le rôle important que jouent les sens dans le lien spirituel, qui est bâti sur, et revivifié par des sensations : le sensuel précède toujours le spirituel - nous y reviendrons ; là encore, d'autre part, on est quasiment dans le registre de la folie, du délire obsessionnel, de l'aliénation, de la sénilité ("si vous dites que je radote") - toutes choses qui caractérisent l'amour extrême et le lien spirituel fort qui l'accompagne ; ce que confirme le verset suivant :


95. Ils lui dirent : « Par ALLAH ﷻ te voilà bien dans ton ancien égarement. »

96. Puis quand arriva le porteur de bonne annonce, il l'appliqua [la tunique] sur le visage de Ya'qûb. Celui-ci recouvra [aussitôt] la vue, et dit : « Ne vous ai-je pas dit que je sais, par ALLAH ﷻ, ce que vous ne savez pas ? »

L'odeur du bien-aimé ravive la vue : on est plus que jamais dans l'importance des sens dans le lien spirituel ; par ailleurs, Sayyidina Ya'qûb (عليه السلام) renvoie, à cette occasion (le recouvrement de sa vue) à sa conversation avec ALLAH , précédemment évoquée au verset 86, nous confirmant qu'elle portait bien sur le cas de Sayyidina Yusuf (عليه السلام) ; on revient par ailleurs sur l'exemple de Sayyidina Shu'aïb (عليه السلام), qui perdit et recouvra la vue (par la Grâce d'ALLAH ﷻ) à trois reprises.


c) La Rabita des Sahaba (رضي الله عنهم) avec le Prophète ﷺ (j'en profite pour rappeler la racine commune de Sahaba et de Suhba - le Sâd, le Hâ, et le Ba - qui fait de nous, par la Suhba du Shaykh, ses Sahaba ; le Shaykh étant lui-même une occurrence du Prophète ﷺ) :


- Sayyidina Ibn 'Abbas (رضي الله عنه) voyait le Prophète en se regardant dans un miroir.


- Le lien spirituel entre Sayyidina Bilal (رضي الله عنه) et le Prophète ﷺ (récit biographique trouvé sur le Web) :


Après s’être installé en Syrie, Bilâl se maria et y demeura longtemps sans se rendre à Médine. Un jour, il vit le Prophète ﷺ lui dire dans un songe : « Qu’est ce que cet éloignement, Bilâl ? N’est-il pas temps que tu me rendes visite ? ». Bilâl se réveilla alors attristé et se dirigea vers Médine jusqu’à ce qu’il arrive au tombeau du Prophète où il se mit à pleurer. Ensuite, Al-Hasan et Al-Husayn arrivèrent ; il les serra dans ses bras et les embrassa. Ils lui dirent : « Nous voudrions que tu lèves l’adhân à l’aube. » Il monta alors sur le toit de la mosquée et lorsqu’il commença à dire : « ALLAHu Akbar, ALLAHu Akbar ! », Médine fut secouée. Quand il dit : « Ashhadu An lâ ilâha illâ ALLAH ﷻ ! », Médine fut secouée davantage. Lorsqu’il dit : « Ashhadu Anna Muhammadan RasûluLLAH ! », les femmes sortirent de leurs foyers. Médine, ses hommes et ses femmes, n’avaient jamais été vus pleurant comme ce jour-là.

Ce récit témoigne non seulement de l'intensité du lien spirituel entre Sayyidina Bilal (رضي الله عنه) et le Prophète ﷺ, mais encore de sa communicativité ; et c'est par la revivication d'un souvenir commun, basé sur le sens de l'ouïe (l'adhan est sonore) que s'exacerbe le lien spirituel - que s'établit la Rabita : car à partir du moment où l'adhan est levé, les médinois sont en état de Rabita, en présence du Prophète ﷺ.


- Le compagnon Uwais Al-Qarni (رضي الله عنه), qui a reçu la science du Prophète ﷺ sans jamais le rencontrer ; Sayyidina Muhammad ﷺ était le Shaykh, et Sayyidina Uwais (رضي الله عنه) le disciple - et toute l'initiation s'est faite spirituellement - par la Rabita ; le Prophète ﷺ a dit de lui :


Il est une personne inconnue que lorsqu’il n’est pas parmi vous, vous ne cherchez pas à le trouver et lorsqu’il est parmi vous, vous ne le remarquez pas. Cependant, sachez qu’un nombre de gens équivalent de deux tribus Rabi’a et Mudar (à population nombreuse) entreront, par son intercession, dans le paradis. Il ne m’a pas vu. Mais, il a eu foi en moi. Finalement, il trouvera le martyre, à Siffine, aux côtés de mon successeur qualifié ('Ali Ibn Abi Talib).

"Il a eu foi en moi" : on retrouve cette notion de confiance propre à l'amour (par lequel seul peut se faire la Rabita).


S'il est une chose qu'on doit bien retenir de toutes ces références, comme préalable à notre développement sur la Rabita : c'est l'amour.


3. Sa place et son importance dans la Naqshbandiyya :


Dans notre voie, la Rabita a une importance toute particulière - plus que dans les autres Turuq : elle est fondamentale au point que certains maîtres ont dit qu'elle est plus importante que le Dhikr lui-même (on y reviendra).


a) Pourquoi la Rabita avec le Shaykh :


D'une part, nous sommes incapables de ressentir la présence d'ALLAH ﷻ, alors nous devons nous concentrer sur la présence d'une créature de chair qui nous Le rappelle, et qu'on peut visualiser pour canaliser notre imagination (sinon on s'efforcerait d'imaginer ALLAH ﷻ - ce qui non seulement est un manque d'Adab, un sacrilège, mais encore nous détournerait du ressenti de Sa Présence effective ; car la Présence d'ALLAH ﷻ est ressenti, pas vision).


D'autre part, notre esprit est dispersé, fragmenté dans les choses du Dounya : c'est que notre ego (notre esprit corporel qu'est Nafs, en opposition à notre esprit divin qu'est Ruh) nous domine et nous tire vers le bas - vers les préoccupations du corps, les soucis, les passions, etc... Et il est éparpillé dans toutes ces choses ; alors la focalisation sur le Shaykh qui nous rappelle ALLAH nous permet de nous recentrer.


Globalement, le Shaykh est ce qui permet de réunifier l'esprit dispersé, et de l'orienter vers ALLAH ﷻ.


b) Comment la pratiquer :


- Rôle de l'imagination :


À titre préliminaire, il convient de rappeler le rôle et l'importance de l'imagination dans les techniques spirituelles ;


À ce titre, les rencontres physiques doivent être appréhendées comme "aliments" de l'imagination : il s'agit d'accumuler un maximum d'émotions et de souvenirs, qui vont venir nourrir les séances de Dhikr au moment d'établir la Rabita ; et il convient d'avoir cette intention (entre autres) quand on visite le Shaykh ;


Sidna nous indique par ailleurs que les rencontres physiques trop fréquentes ne sont pas si bonnes que ça, car elles banalisent le Shaykh et amoindrissement son souvenir, son empreinte spirituelle - donc, affaiblissent la Rabita : en gros, trop de Shaykh (en vrai) tue le Shaykh (dans l'esprit) - et la présence du Shaykh dans l'esprit est infiniment plus importante que sa présence physique pour le cheminement : car le vrai monde est celui de l'esprit ; le monde physique n'est qu'une illusion, un voile ; on sait tous par ailleurs que ce qui est rare est cher : la rareté des rencontres fait donc toute la valeur des émotions qu'elles vont procurer, sur le souvenir desquelles va s'établir la Rabita ;


Ce qui ne signifie en aucun cas qu'il faut se dispenser des rencontres physiques (bien au contraire), mais il convient de leur attribuer leur pleine et entière valeur, d'en retirer le maximum d'émotion, et de savoir discerner les moments privilégiés que nous accorde ALLAH avec Son Walî - et parfois ça peut être une simple parole ("tu vas bien ?", "tu es à l'aise ?", "tu as fait bon voyage ?", "la famille va bien ?"...), un simple regard - et je ne parle pas des attentions particulières, comme quand le Shaykh te fait un présent, ou te demande de s'asseoir auprès de lui ; car rien n'est anodin dans les comportements du Shaykh, et tous les gestes qu'il accomplit dans le monde matériel ont une finalité spirituelle.


Celui qui est capable d'appréhender la dimension spirituelle des rencontres physiques peut les multiplier autant qu'il veut - et même, peut choisir de vivre dans la proximité immédiate du Shaykh ; mais celui qui visite le Shaykh pour flatter son ego, pour prendre des photos de lui avec le Walî qu'il affichera ostensiblement sur les réseaux sociaux afin de se prévaloir de sa proximité avec un Homme d'ALLAH - celui-là fait mieux de s'abstenir, car la rencontre ne lui profite en rien - et même le dessert car elle renforce son ego.


- La notion de Tawajjuh :


Il convient également de poser et de considérer la notion préalable de Tawajjuh :


Le Tawajjuh, c'est quand le Shaykh oriente son cœur vers le nôtre ; qu'il se connecte, se branche à nôtre cœur pour le travailler et le préparer à recevoir le flux de Lumière muhammadienne : il y réveille d'abord la lumière divine qui y sommeille, et qui va s'alimenter de la Lumière du nom d'ALLAH ﷻ ;


Puis il l'élargit (selon les dispositions du disciple) de manière à laisser passer le flux de Lumière ;


Puis il assure le lien, la connexion, la jonction entre ce cœur et le cœur de Sayyidina Muhammad ﷺ via tous les cœurs de tous les maîtres de la Silsila, afin de verrouiller sur ce canal le cœur du disciple ;


Quand il agit ainsi dans le cœur du disciple, le Shaykh en a un accès et une lecture complets : il voit son état de souillure et le nombre des péchés qui le recouvrent, ainsi que l'état spirituel complet du disciple : on est mis à nu, littéralement ; le Shaykh lit en nous comme en un livre ouvert ;


Une fois que ce travail est accompli, le Shaykh peut lui-même envoyer la Lumière muhammadienne (la haqiqa muhammadiyya), mais ce sera de préférence au disciple de venir la puiser par la Rabita ;


Car le Tawajjuh, c'est quand le Shaykh vient vers le cœur du disciple (pour préparer, travailler, envoyer), alors que la Rabita, à l'inverse, c'est quand le disciple vient vers le cœur du Shaykh pour y puiser ;


Le Tawajjuh fonctionne aussi avec l'imagination - à plus forte raison quand le Shaykh n'a jamais vu le disciple et travaille exclusivement à distance - bien qu'elle soit parfaitement contingente pour le Connaissant par ALLAH ﷻ, qui peut aussi bien faire sans : ainsi, j'ai vu le Shaykh demander la photo d'un aspirant disciple, qui se demandait bien pourquoi ;


Il arrive qu'on ressente ce moment où le Shaykh se lie spirituellement, où son esprit nous visite, nous investit : quand on voit le Shaykh dans son sommeil par exemple - et j'en connais un parmi nous qui a vu le Shaykh lui sourire pendant son sommeil.


On se réveille aussi parfois avec des éléments d'information bien précis, des points spécifiques de la Connaissance (Fiqh, Aqida, Tasawwuf...), dont on se demande bien de prime abord d'où ils viennent - et qui aussi bien répondent à des questionnements personnels, qu'ils ne viennent arbitrairement selon l'appréciation du maître (car il sait mieux que nous de quoi nous avons besoin et à quel moment nous en avons besoin).


D'une manière générale, on ne peut pas tricher avec le Shaykh, et la sincérité est vraiment requise : par permission d'ALLAH , il est investi d'un pouvoir particulier et est un vrai scanner ; il sait notamment si on respecte le pacte, si on fait le Dhikr, si on joue bien le jeu de la Rabita, si on a des doutes sur son cheminement...


[Évoquer exemples personnels et anecdotes : quand j'ai connu un resserrement et que le Shaykh m'a contacté pour me faire part de son souci ; anecdotes de Sidi X (ça ne se fait pas de vouloir devenir Shaykh ; problèmes au travail) ; visions du Shaykh devant moi]


- Mise en pratique effective, en situation (pendant le Dhikr) :


Par le Tawajjuh, on l'a vu, c'est le Shaykh qui vient à l'esprit du disciple pour y opérer ;


La Rabita, donc, c'est la démarche inverse/symétrique : c'est le disciple qui vient à l'esprit du Shaykh, qui s'oriente vers son cœur pour y puiser ;


Pour ce-faire, il s'agit de s'imaginer en sa présence, face à face (on fait muqabala), et main dans la main ; prendre la main du Shaykh est important, car par ce geste on enclenche la connexion avec toute la Silsila jusqu'à Sayyidina Muhammad ﷺ : le Shaykh est lié à nous d'une main, et à la Silsila de l'autre ; et ce qui indique et atteste qu'il est lié à la Silsila, en plus d'avoir été dûment autorisé, investi, désigné Murshid, c'est la récitation du Khatm - car le Khatm est notamment l'évocation par quoi on convoque tous les maîtres ; et cette convocation ne peut se faire que par un maître dûment autorisé, pour ses capacités particulières, par une ijaza (une autorisation écrite et signée de la main de son Walî) ;


Le Shaykh face à nous, à qui on a pris la main, est ainsi le raccord/le connecteur par quoi le flux de Lumière passe - et c'est par les cœurs que transite la Lumière, depuis le cœur de Sayyidina Muhammad ﷺ jusqu'au nôtre ; cette prise de main est virtuelle/immatérielle, comme une connexion sans fil, et tout se fait Wireless : le cœur du Shaykh est comme une borne Wi-Fi, un hot-spot, un relais auquel on est connecté - lui-même étant connecté au serveur muhammadien - et la connexion se fait par l'imagination : les identifiants de connexion ne sont jamais que les souvenirs exclusifs qu'on a avec le Shaykh, qui n'appartiennent qu'à nous et qui caractérisent notre relation avec lui : d'eux vont dépendre la qualité de la connexion et la force du débit : cette relation dans sa particularité, c'est la nisbah ; et l'effet sur nous, c'est le hâl - même si, par métonymie, on utilise le mot nisbah pour désigner le hâl.


Ainsi, la nisbah désigne aussi le résultat sur le Murîd du Tawajjuh du Shaykh, et notamment son aptitude à recevoir de lui, spirituellement, sans échange verbal : autrement dit, sa capacité à profiter des silences du Shaykh - mais aussi sa capacité à recevoir de lui une fois mort.


(Je reviens sur cette métaphore des réseaux sans fil : pourquoi une telle comparaison ? On trouve parfaitement normal que des appareils (téléphones, ordinateurs...) échangent des données et communiquent entre eux, mais on trouve incroyable que des esprits le fassent ; or, l'esprit a la faculté de contrôler la matière au-delà de son propre corps, et même la Création dans une certaine mesure - mais cela concerne les plus hauts degrés ; un Walî disait : si ce n'était par pudeur, je n'aurais qu'à dire کُنْ فَیَکون pour qu'une chose advienne).



II. UN ÉTAT PONCTUEL ET DE CIRCONSTANCE :